Colette Deblé est née en 1944, elle vit et travaille à Paris. Colette Deblé s’exprime aussi bien à travers la peinture sur châssis que par des silhouettes découpées, le lavis faisant partie de ses techniques de prédilection.
Depuis 1990, elle réalise des silhouettes dans lesquelles elle effectue un travail de « citation picturale » et de représentation des femmes dans l’histoire de l’art, de la Préhistoire à nos jours.
Pour Jacques Derrida, « la peinture occidentale a fait grand usage des corps de femmes : les Suzanne, les Vénus, les Diane, les Eve, les Marie, les courtisanes, les lavandières, les danseuses et ainsi de suite, … Colette Deblé cite ces « chefs d’œuvres ». Elle les reproduit à sa façon : silhouettes tremblantes, flottantes, presque liquides, selon la technique du lavis qui laisse une impression de mouillure ou de coulure. Elle les incorpore, les avale et les laisse nager ou grandir dans son atelier-ventre, elle les engendre pour qu’elles naissent à nouveau, encore humides, grosses d’avenir et de mémoire. Ces figures héritées d’une longue tradition re-viennent au monde, mais dans un éclat de rire qui menace l’autorité des grands maîtres.
Dans cette pratique de la citation, la silhouette du corps féminin s’imprime avec fluidité, elle s’imprègne de couleur. En prenant la suite de toutes ces mains et manœuvres réalisées par des hommes (Véronèse, Tintoret, Titien, Rubens et les autres chefs d’école) qui ont mis en scène et représenté le corps de la femme (femme otage, persécutée, sacrifiée, exposée, désirée, ….), Colette Deblé les émancipe. Elle touche les modèles, elle en exhibe l’autre scène en images, sans rhétorique. Il s’agit de donner aux femmes une figure, afin qu’elles ne soient plus des figurantes. », in « Prégnances – Lavis de Colette Deblé – Peintures », aux éditions Brandes, 1993.
L’exposition du Manoir des livres présente les livres d’artiste réalisés par Colette Deblé de 1973 à aujourd’hui ainsi que quelques peintures sur toile et plusieurs de ses silhouettes de femmes, peintures découpées.