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Le Dictionnaire Butor, par Henri Desoubeaux

jeudi 28 mai
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Henri Desoubeaux est l’auteur du Dictionnaire Butor

Il nous présente cette ressource créée en 2000 avec l’écrivain.

Né en Normandie en avril 1956, Henri Desoubeaux vit à Paris où il a d’abord poursuivi des études de lettres modernes à l’Université de Paris VIII et où il a enseigné jusqu’à récemment dans le secondaire. Auteur d’articles sur André Breton, Raymond Queneau, notamment, il s’est surtout intéressé à l’oeuvre de Michel Butor auquel il a consacré sa thèse de doctorat. Puis après avoir publié un ensemble d’entretiens de Butor en trois volumes en 1999, il se consacre au Dictionnaire Butor qu’il lance sur Internet l’année suivante et qu’il ne cesse d’entretenir depuis lors. Dernièrement il a codirigé un volume d’hommages à l’auteur de La Modification pour ses quatre-vingt-dix ans (Dix-huit Lustres) et a publié un volume composé d’une vingtaine d’essais critiques intitulé Promenades butoriennes.

Promenades butoriennes, par Henri Desoubeaux, édition l'Harmattan

Comment est né le Dictionnaire Butor ?

Michel Butor en 2010, par Maxime Godard

La naissance du Dictionnaire remonte au rassemblement et à la publication sous la forme de trois forts volumes, en 1999, de 150 entretiens de Michel Butor parus dans la presse et ailleurs pendant une quarantaine d’années (de 1956 à 1996) et qui a d’ailleurs était poursuivie à l’intérieur du Dictionnaire. En effet on trouve en annexe, à côté de la liste de tous les entretiens auxquels s’est livré Butor tout au long de sa vie, le texte d’une petite cinquantaine d’autres entretiens appartenant à cette période. Nous étions alors au tournant du millénaire et l’idée d’approfondir ma recherche sur une oeuvre aussi abondante m’obligeait à recourir à d’autres outils que ceux de la publication traditionnelle sur papier. Le travail que je voulais réaliser exigeait de recourir à l’outil informatique. Tout autre forme n’était pas satisfaisante. Je me suis donc lancé dans l’élaboration d’un énorme répertoire des publications de et sur l’écrivain, le poète, le critique et l’ami et le complice des peintres et artistes en général, sans oublier bien sûr les éditeurs très nombreux qui ont croisé le chemin de l’écrivain ou l’ont accompagné durant de longues années.
Cette recherche tous azimuts a été grandement facilitée par Butor lui-même qui, petit à petit, a compris l’intérêt de l’entreprise et m’a fourni toutes sortes de renseignements. En particulier, chaque année au moment de Noël, il m’envoyait le catalogue de ses publications pour l’année écoulée. Ainsi, il a beaucoup contribué à étendre le réseau de toutes ces informations que je disposais sur la Toile en multipliant les rubriques et les croisements mais aussi les liens hors du Dictionnaire lui-même. Puis, par la suite, il a renoncé lui-même à ouvrir un site spécifique qui lui aurait permis de publier ses textes (ou pour être tout à fait exact, d’abord ouvert il l’a très vite abandonné). Il a préféré, à ma demande, et avec le grand sens de la générosité qui était le sien, me permettre d’intégrer ses propres textes à l’ouvrage en cours. Comme pour le Catalogue de l’Ecart, il m’envoyait les textes qu’il désirait y voir figurer. C’est ainsi que son importance s’est très vite augmentée et permet aujourd’hui une circulation à travers son oeuvre aussi rapide, aussi exhaustive (c’est du moins le but poursuivi) qu’efficace.

Est-il alimenté régulièrement ?

Le travail pendant ces vingt dernières années de la vie de Michel a été intense. Il fallait à la fois faire les recherches nécessaires sur les publications, études, extrêmement nombreuses, thèses, travaux divers, qui avaient paru depuis les années 50 (voire un peu avant) et suivre le rythme de toutes ces publications en collaboration avec les artistes, notamment, qui s’égrenaient année après année. Ceci m’amenait à faire de nouvelles mises à jour du Dictionnaire de façon à peu près mensuelle (quand ce n’était pas bi-mensuelle). Aujourd’hui qu’il n’est plus là, le rythme a évidemment beaucoup diminué et je ne pense pas faire plus d’une ou deux nouvelles mises à jour par an. Le Dictionnaire reste cependant ouvert et quelques auteurs par exemple m’envoient des textes pour y être intégrés. Moi-même, ayant écrit des textes critiques sur son oeuvre, j’y ai fait figurer quelques-uns d’entre eux. Il s’agit d’une structure souple qui ne demande qu’à évoluer.

Crédit Maxime GODARD

Pourriez-vous nous préciser le nombre de notices et de contributeurs à ce jour?

Dix-huit lustres, Hommages à Michel Butor, collectif, Classiques Garnier, 2016

Sur la page d’accueil du site, figurent un certain nombre de noms de collaborateurs. Ce sont des collaborateurs ponctuels qui a un moment ou à un autre, m’ont soutenu. D’autres plus ponctuellement encore m’ont aidé à faire le point sur tel ou tel aspect. Et je remercie encore toutes ces personnes pour leur soutien. Mais d’un point de vue global cela reste un travail de recherche personnel avec les encouragements durables et amicaux de l’auteur aux 1001 curiosités et réalisations qu’était Butor. Je n’ai jamais calculé le nombre d’ « entrées » de ce Dictionnaire, mais un simple regard sur la page « Index » et les nombreuses rubriques qui la composent (Index général, Index des titres par ordre chronologique, … par ordre alphabétique, Index des artistes, Index des éditeurs, Index des interlocuteurs, etc.) suffit à s’en faire une idée. Certaines de ces rubriques sont plus étoffées que d’autres. Le temps m’a manqué pour aller plus loin et compléter les moins fournies d’entre elles, voire pour en ouvrir d’autres qui auraient pu trouver leur place ici. C’est un travail en expansion. On peut le prolonger presque indéfiniment. Mais heureusement d’autres personnes, ailleurs, à Nice par exemple, ou à la BNF, à Lucinges, à Genève, en Europe et hors d’Europe, s’activent à donner à la « Constellation Butor » de plus en plus de visibilité, de plus en plus de raisons de se faire entendre au milieu du fracas médiatique qui est le nôtre.

Paris, le 28 mai 2020

Extrait du dictionnaire Butor, notice consacrée à Lucinges