Catherine Warnier réside en Haute-Savoie. Elle a débuté le violoncelle à 10 ans.
À 16 ans, elle obtient le 1er prix au CNR de Reims sous la présidence de Maurice Maréchal. Elle étudie ensuite 4 ans avec Paul Tortelier puis obtient le Diplôme d’exécution à l’école Normale de Musique de Paris à l’unanimité avec les félicitations du jury dans la classe d’André Navarra.
Lauréate du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, le Ministère de la Culture la sélectionne pour rejoindre l’orchestre des Jeunesses musicales d’Europe au Canada sous la direction de Zubin Mehta. Sélectionnée de nouveau par le Ministère de la Culture pour un festival au Brésil, elle y donne des concerts en musique de chambre et avec orchestre.
Quelques années plus tard, Catherine obtient le poste de violoncelliste titulaire à l’Orchestre National de Lyon. Elle devient ensuite professeur au Conservatoire National d’Annecy et violoncelliste solo à l’Orchestre des Pays de Savoie sous la direction de Claire Gibault.
Parallèlement à l’enseignement, elle donne régulièrement des concerts en soliste et en musique de chambre. Ces dernières années, Catherine crée des événements qui rapprochent les différentes formes d’art, « musique, écriture, photographie et peinture ».
Ma rencontre avec Michel Butor a eu lieu lors d’un concert organisé par le musée Faure d’Aix les Bains afin d’accompagner une exposition 12 artistes autour de Michel Butor qui lui était dédiée en 2006. Ces textes étaient lus par lui et accompagnés au piano, flûte, violoncelle et au chant. La soirée s’est poursuivie par un dîner bien arrosé, de là est née notre collaboration et amitié. Je lui ai alors demandé devant tous les officiels « Michel, je n’ai rien lu de vous par quoi devrais-je commencer ? » Et Marie-Jo, son épouse, m’a demandé de lui apprendre le violoncelle. Vous savez tout !
J’ai plusieurs fois collaboré avec Michel Butor. Pour une émission en direct « Au Pays d’ici » consacrée à Michel Butor, Jean Dave ma demandé d’y participer en compagnie d’André Clavel et de Michel Butor. Elle s’est terminée pour moi par une délicieuse soupe préparée par Marie-Jo chez eux. Michel Butor m’a également écrit un très beau texte pour un concert à Annecy, puis Paris : Élégie de Gabriel Fauré, Esquisses d’Éric Tanguy et Beethoven.
Nous nous sommes revus lors de quatre conférences à la Galerie de photographies « Chambre Claire » tenue par Rosalie Detienne à Dingy Saint Clair, mêlant expositions photos et moments musicaux. Puis est arrivé ce moment magnifique : Appel – Suite pour un violoncelle en détresse dont je vous reparlerai plus tard.
La musique, il l’avait en lui, on le sent dans ses écrits que désormais, j’ai lu !
Le rapport avec les musiciens, du moment que les musiciens jouaient avec sincérité, il était là, tout simplement.
Pour une jolie collection de livres d’artiste, l’éditeur Bernard Dumerchez a demandé à Michel Butor ainsi qu’à d’autres écrivains de choisir un objet répertorié au musée de Péronne, Musée Historial de la Grande Guerre.
Je n’ai pas hésité une minute, je choisis ce violoncelle fait pour François Gervais fabriqué à partir d’une caisse de médicaments, de crins de cheval et d’une lame de baïonnette.
Michel Butor
Né à Blois en 1885, François Gervais obtient à 21 ans un prix de violoncelle au conservatoire de Paris. Lorsque la Première Guerre Mondiale éclate, il est en tournée en Hollande ; il est mobilisé au 313e régiment d’Infanterie, puis au 329e régiment. Durant ses périodes de repos, il dessine les plans d’un violoncelle qu’il fait fabriquer à partir d’une caisse de médicaments, de crins de cheval et d’une lame de baïonnette. Pour nombre de « poilus » de la Grande Guerre, cette démarche les aide à garder la conscience de leur personnalité. Entre deux montées au front, avec la compagnie d’autres soldats bricoleurs et musiciens, François Gervais cherche également à distraire ses camarades de leur terrible ennui. […]
Le violoncelle de François Gervais est un don fait par sa fille au Musée-Historial de la Grande Guerre.
L’objet choisi avait aidé les soldats durant leurs quatre années dans les tranchées. Michel Butor a écrit un texte en six parties sur cet objet. Les titres des pièces, Prélude, Allemande, Sarabande, Trio et Gigue, sont empruntés par Michel Butor aux Suites pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach.
François Gervais jouait pour distraire ses camarades de l’horreur des tranchées. Ce qui est magnifique, c’est que Michel a fait le lien dans l’écriture de son texte poétique avec l’écriture de ce monument de la musique qui est celle des Six Suites pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach.
Nous avons choisi la 4ème suite, suite à la fois forte et émouvante. Ensemble, nous avons sillonné la France, du sud au nord, pour terminer par la Maison de la poésie de Paris le 1er février 2016. C’était la première fois qu’il y était invité. C’est Olivier Chaudenson, directeur de la Maison de la poésie de Paris à cette époque, qui a eu l’idée de nous programmer. Damien Baldin, agrégé d’histoire, s’est occupé de présenter ce concert-lecture. Une captation audio est encore aujourd’hui disponible à la Maison de la Poésie de Paris.
J’ai réalisé d’autres accompagnements notamment des improvisations sur des textes lors de vernissages de peinture à la galerie Chantal Melanson à Annecy puis à Tarascon avec les poètes Jacques Ancet et Michel Dunand.
J’ai également eu une très belle rencontre avec Salah Al Hamdani, poète irakien sortie des prisons irakiennes de Sadam Hussein. Tout de suite, notre goût pour le violoncelle et Jean Sébastien Bach a permis de monter un projet sur la partie lente du prélude de la Cinquième Suite de Jean-Sébastien Bach avec un texte en Irakien. Puis, différentes improvisations se sont faites ensemble sur des thèmes de musique classique, contemporaine et musique orientale. Après avoir donné des représentations dans divers lieux, nous avons été invités pour un concert dans la grande mairie de Berlin afin de montrer ce que les émigrés apportent à l’Europe.
Dans le cadre du Festival de poésie à Sète « Voix Vives de méditerranée », dirigé par Maïté Vallès-Bled, j’ai improvisé sur les différentes langues des poètes.
Au cours d’une soirée hommage à Paul Valéry, j’ai créé un concert lecture avec Brigitte Fossey. J’ai également monté plusieurs improvisations à partir des des romans de Wilfried N’Sondé. Dans le cadre du festival 2025 du Musée du Jeu de Paume, j’ai participé à un concert-lecture à partir d’un autre texte de Wilfried écrit pour cette occasion.
Un grand merci à Michel Butor car c’est lui qui m’a donné confiance pour ce parcours qui me passionne. Il est quelqu’un qui sait planter des graines là où il passe Merci.
Pour célébrer le Centenaire de la naissance de Michel Butor, le Conservatoire d’Annemasse Agglo vous donne rendez-vous.
Ce concert s’inspire de ces écrits et est mis en musique par les classes de violoncelle du Conservatoire Annemasse-Agglo de Lisa Cailleton et d’Amandine Lecras-Paraire.
Accès gratuit – Tout public.